Tu fuis pour exister.
Tu fuis, pour échapper à ce regard obsédant, morbide, qui t'assaille durant le jour.
Tu fuis, pour échapper au regard de glace qui te mord les entrailles et te les tords, en te faisant jouir d'un sentiment si doux.
Tu fuis, pour pouvoir à nouveau vivre, sans chercher à savoir si, un jour, quelqu'un découvrira ton secret si malsain, ton secret qui doit rester bien lové, tel le serpent, au fond de ton coeur.
Tu fuis, mais Lui, l'Ombre, il sait tout ce que tu as voulu occulter. Te rendre fou, te dominer, te posséder pleinement, devenant une marionnette, un pantin sans âme aux longs cheveux d'or terni par la pauvreté d'un corps vidé, un pantin sans âme aux yeux saphirs désertés par la moindre lueur d'espoir.
Tu fuis, tu cours à en perdre haleine dans les plaines, dans les forêts, dans les montagnes, parce que tu sais très bien qu'Il te retrouvera toujours, qu'Il t'utilisera pour porter un coup à ce qui fait vivre ton secret. Tu ne te débarrasse pas de ta lance, épieu soudé à ta main gauche. La main du coeur. Ce soeur que tu voudrais arracher de ton poitrail pour oublier tout ceci.
Tu fuis, mais jamais tu ne lance de regard derrière toi. Pourtant, tu aimerais, peut-être, le croiser, lui, l'autre, le spectre qui vit dans le corps du serpent de ton palpitant. Mais les pas de la chevauchée sauvage qui te poursuit t'empêche de regarder. Tu ne veux pas voir Son visage, même s'il reste éternellement plongé dans l'ombre. Tu veux vivre à la lumière. Mais ta lumière ne t'est pas destinée.
Puis, un jour, il te rattrapa. Et tu souffris comme jamais, ton esprit torturé par Sa poigne sauvage. Il n'hésitait jamais, Il faisait tout de toi, de ton corps, de ton âme. Te forçait à courir, te forçait à rejouer les scènes de poursuites, et te tuait à petit feu, brûlant l'intérieur de ta chair du feu de la honte, brûlant l'extérieur de ta chair de la morsure de la glace.
Puis, un jour, tu réussis à reprendre le contrôle. Et tu pleura toutes les larmes de ton coeur en le voyant, lui, sans jamais lui montrer rien de tes sentiments. Mais cela ne dura pas longtemps. L'Autre avait fait encore pire. L'Autre te rendait encore coupable de trahison envers les tiens. Ceux que tu voulais considérer comme les tiens.
Puis, un jour, tu fut prêt à renoncer à la vie. Tu hurlais à la mort, qu'on te laisse en paix, qu'on te laisse mourir. Mais tu as reçu la lumière. Une rêve éthéré. Les mots léger qui se sont écrasés sur ton esprit. Tu en aurait pleuré de joie...
Puis, un jour, dans le froid, dans la neige, au sommet de tes ambitions, tes longs cheveux d'or brillant à nouveau avec la vivacité de ton âme, tu as pu sourire. Tu avais vaincu.
Puis, un jour, tu avais compris, en croisant le regard de glace, que tu t'étais trop longtemps menti. Tu ne pouvais pas vivre sans lui.
Puis, un jour, tu lui as sourit, et tu l'as aidé.
Puis, un jour, tu as aimé.



